Alain Makaba, la pièce du puzzle qui manque à la musique congolaise

Alain Makaba
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Début des années 1980, des jeunes de la commune de Bandalungwa montent Wenge Musica, un groupe musical qui récolte rapidement du succès au-delà de la municipalité. Les Bana Wenge drainent des foules. Des chanteurs de talent, des musiciens qui épatent non seulement le public mais aussi leurs ainés dans la musique. Ses musiciens sont âgés de moins de 20 pour la plupart. Parmi eux, un sort du lot. Alain Makaba dit Prince.

Le groupe se fait connaitre par sa musique largement inspirée des rythmes de Viva La Musica de Papa Wemba et de Zaïko Langa-Langa pour les parties dansantes des chansons. Des emprunts rythmiques au Victoria Eleison de King Kester Emeneya sont fréquents. Cette fusion des rythmes donnera à Wenge Musica sa propre identité. Son dépositaire : Alain Makaba, l’un des plus brillants guitaristes de sa génération. Le jeune homme beau comme un dieu grec est l’homme à tout faire. Multi-talentueux, il se forge déjà à l’époque une belle réputation dans les milieux des studios d’enregistrement de Kinshasa où son savoir-faire est régulièrement sollicité. Avec Alain Makaba, naîtra et mourra ce qu’on dénomme parfois aujourd’hui encore, Wenge originel.

A la création de Wenge, un autre Alain joue à la guitare solo, Mwanga (Zing Zong). Il ne restera pas longtemps dans le groupe et prendra le chemin de l’occident pour ses études. Le groupe perd rapidement ce pion majeur. Personne dans le groupe à l’époque n’imagine le « miracle » qui va suivre. Alain Makaba reprend les choses en main et va vite faire oublier Zing Zong. Avant chaque production, il est le premier à arriver pour le sound-check. Infatigable, il ne se gêne pas de prendre la guitare d’un collègue et lui donner la bonne note pour la chanson en chantier. Guitariste chevronné, il est aussi un bon compositeur. Tuna Tina, Tchane, Nadangwe, Wemina, des titres parmi tant d’autres que le public n’oubliera pas. Mais surtout « Princesse Pathy », un tube caractéristique de Wenge des années 1990. Arrangeur de haute facture, Alain Prince a pourtant disparu du microcosme musical congolais.

Une nouvelle génération a vu le jour avec ses learders comme Fally, Ferré et d’autres qui suivent… Fabregas, Mundibu, Innocent Balume, Gaz Mawete et d’autres. La sortie du dernier single de Fally « Allo Téléphone » a fait couler beaucoup d’encre. Pour certains observateurs, la monotonie s’installe dans les œuvres de Fally Ipupa. Les titres sortent et se ressemblent tous. A la première écoute, c’est du déjà entendu.

On imagine aisément ce que serait leur musique avec le savoir-faire et la touche particulière d’Alain Makaba. Le génie de cet arrangeur aurait donné une autre consistance à leurs productions musicales. La musique est une richesse nationale et une fierté pour le Congo. Elle se doit être la meilleure d’Afrique. L’ambition n’est pas démesurée. A défaut d’avoir des studios de qualité, l’ingéniosité de Makaba peut donner des fruits encore meilleurs que ceux qu’offrent la nouvelle vague.

Alors cher Alain Prince, toi qui a fait des étincelles avec le Wenge Musica 4x4, sors de ta tanière et redonne-nous ces belles mélodies qui ont fait la pluie et le beau temps de Wenge. Ne te voile pas la face. On sait que c’était toi. Fais bénéficier à ces jeunes de ton immense talent. Tu nous manques…