Jimmy Cliff n’est plus : le monde perd une légende, l’Afrique perd un frère, la musique perd une boussole

Jimmy Cliff
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Le monde du reggae est en deuil. Jimmy Cliff s’est éteint ce 24 novembre 2025, laissant derrière lui une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique mondiale. Portée par une voix unique, par un engagement constant et par une sensibilité rare, son œuvre a façonné des générations entières. Des rues de Kingston aux quartiers populaires de Kinshasa, sa musique a traversé les frontières, les époques et les langues.

Parmi ceux dont la vie a été profondément marquée par l’artiste jamaïcain figure Coco Malabar, musicien congolais installé en Belgique, connu par son entourage sous le surnom de Coco Cliff. Une dénomination affectueuse qui dit tout de la place que tenait le chanteur dans sa trajectoire personnelle. « Jimmy Cliff, c’est une partie de moi », confie-t-il, la voix lourde d’émotion. « Ce n’est pas Bob Marley, ce n’est pas Michael Jackson. Jimmy Cliff, c’est lui qui a façonné mon destin. »

Les souvenirs remontent à 1977, dans le quartier de Bandal à Kinshasa. Coco, encore enfant, marche dans la rue lorsqu’il entend une voix qui l’arrête net. Une voix nouvelle, puissante, vibrante. « On m’a dit que c’était Jimmy Cliff. On m’a dit aussi qu’il venait d’un pays appelé la Jamaïque. Pour nous, c’était la première fois que nous entendions ce nom. » À une époque où Bob Marley n’avait pas encore pénétré les ondes congolaises, c’est Jimmy Cliff qui a ouvert une fenêtre sur le monde.

Dans la maison familiale, sa mère, mélomane attentive, partageait avec lui son gout pour Jimmy Cliff et Laurent Voulzy. Jusqu’à ses derniers jours, ces voix l’accompagnaient. Pour l’enfant qu’était Coco, elles sont devenues un refuge, un fil conducteur. Lorsque des problèmes scolaires surgissent, c’est avec sa mère qu’il affronte l’inconnu, en écoutant Jimmy Cliff durant cette tumultueuse période.

Aujourd’hui, l’artiste congolais mesure l’ampleur de la perte. « Sa mort, c’est comme si une part de mon histoire s’en allait », dit-il. Pour lui comme pour des millions d’auditeurs, Jimmy Cliff n’était pas simplement un chanteur, mais une présence familière, une lumière dans les moments d’incertitude.

Le reggae lui doit énormément. Le cinéma aussi. The Harder They Come, film culte de 1972, a porté le genre musical au-delà de la Jamaïque. Les générations futures se souviendront de ses mélodies, de son sourire, et de sa capacité à transformer des luttes individuelles en hymnes universels.

Jimmy Cliff a définitivement traversé sa dernière rivière. Mais ses chansons, elles, continueront longtemps d’accompagner le monde.

 

Article soumis par Franck Tatu